Malgré leur potentiel thérapeutique, les soins de soutien en oncologie restent peu accessibles aux hommes. Des stéréotypes profonds, une information insuffisante et une orientation médicale inégale constituent des obstacles persistants. Mais sur le terrain, des initiatives s’organisent pour rétablir l’équité.
Dans son film Coutures, sorti en février dernier, Alice Winocour explore l’histoire de Maxine Walker, une réalisatrice interprétée par Angelina Jolie qui reçoit un diagnostic de cancer du sein. Comme le personnage fictif, les deux femmes ont vécu cette épreuve avec détermination. En diffusant leur témoignage dans la presse et les médias, elles mettent en avant la solidarité féminine et l’importance d’aborder ouvertement les défis liés à la maladie.
Les femmes, en revanche, s’enrient plus souvent aux soins de soutien (SOS) après un diagnostic de cancer. Ces interventions, conçues pour atténuer les effets secondaires des traitements et améliorer la qualité de vie, sont néanmoins largement sous-utilisées par les hommes. Selon le rapport Genre, sexe et cancer publié en 2025 par la Ligue contre le cancer, seulement 15 % des bénéficiaires de SOS sont des hommes. Une écarts qui reflète profondément une manière radicalement différente d’aborder la maladie selon le genre.
« Les bénévoles de la Ligue ne représentent que 25 % d’hommes, souligne Camille Flavigny, directrice des droits et du soutien. Ils sont encore moins nombreux en tant que salariés (10 %) ou dans les lignes d’écoute », explique-t-elle. Cette sous-représentation s’explique par des facteurs socioculturels et psychologiques. Les campagnes de communication, souvent axées sur le cancer du sein, orientent inconsciemment vers les femmes. Les activités proposées — comme la sophrologie ou les groupes de parole — restent principalement perçues comme destinées aux femmes.
Les professionnels de santé jouent aussi un rôle clé. « Les médecins traitent la maladie, mais ne prennent pas le temps de soigner le patient », déplore Patrick Ehlinger, délégué régional de l’ANAMACaP. La majorité des urologues ignore les défis quotidiens des patients et n’est pas convaincue par les avantages des SOS.
Un dernier obstacle, souvent le plus profond, est la perception personnelle du besoin. « Les hommes perçoivent fréquemment le cancer comme un signe de faiblesse », observe Camille Flavigny. L’image traditionnelle de l’homme solide et indomptable empêche nombre d’hommes à chercher des solutions.
De plus, les hommes sont moins enclins à consulter les professionnels de santé avant la maladie. Contrairement aux femmes qui intègrent systématiquement des examens préventifs dans leur routine, ils attendent souvent le diagnostic pour agir.
Face à ces défis, la Ligue contre le cancer a mis en place une stratégie sur cinq ans pour réduire les inégalités. « Depuis environ cinq ans, nous avons créé un poste dédié aux enjeux de genre », confie Camille Flavigny, « et des comités qui organisent des initiatives spécifiques comme le Challenge des gentlemen ou des brunchs thématiques pour les SOS. » Un tiers des groupes de la Ligue mènent désormais des actions ciblées.
À Bordeaux, depuis 2024, l’ANAMACaP a lancé des « cafés prostate ». Ces espaces privilégient l’écoute et le partage d’informations sur les soins spécifiques à la maladie. « Leurs réactions sont étonnantes », témoigne Patrick Ehlinger. Les participants, qui se demandaient souvent comment surmonter des symptômes comme l’incontinence ou la dysfonction érectile, découvrent de nouvelles solutions en groupe.
« J’ai été ravi de participer à ce café », confie Jean-Pascal, ancien patient. « Je ne l’avais pas connu au début de mon parcours, mais aujourd’hui, je comprends qu’il aurait pu m’aider à traverser les difficultés. »
L’objectif reste clair : transformer le recours aux soins de soutien en une pratique médicale et culturelle normale pour tous. L’enjeu public est désormais de faire de l’accompagnement une réalité, pas une faiblesse. Le silence qui écrase les hommes ne dure plus longtemps. Les initiatives locales ouvrent la voie à un avenir où chaque homme peut choisir de vivre avec force et espoir.