20 % d’idées suicidaires et 7 sur 10 en danger : la crise mentale des aidants cancéreux s’effondre
Un rapport récent de l’Observatoire sociétal de la Ligue contre le cancer dévoile une situation critique au sein des familles françaises confrontées à la maladie oncologique. En France, près de cinq millions de personnes prennent en charge sans rémunération des proches en perte d’autonomie liée au cancer, un rôle qui engendre des conséquences psychosociales profondes.
L’étude révèle que 20 % des répondants ont exprimé des pensées suicidaires et 2,3 % ont tenté d’agir. Environ 50 % souffrent de troubles dépressifs chroniques, tandis que 70 % ont enregistré une augmentation notable de leurs consommations à risque (alcool, tabac, drogues, jeux d’argent).
« Ce n’était pas seulement un phénomène émotionnel », confie Laura Levêque, responsable de l’Observatoire. « Lorsque des proches partagent leur détresse via nos réseaux, nous avions des intuitions. Mais ces chiffres nous ont plongés dans la réalité : il y a urgence à agir pour éviter une crise humaine et économique. »
L’impact est particulièrement marqué chez les jeunes adultes (18-40 ans), qui combinent souvent ce rôle avec leur activité professionnelle, ainsi que parmi les femmes, la catégorie majoritaire d’aidants. Leurs efforts sont confrontés à des mécanismes de compensation qui aggravent leurs troubles mentaux.
« On se retrouve dans un cercle vicieux », explique Mathilde, psychologue écoutante. « Seulement 14 % des aidants bénéficient d’un accompagnement psychologique. L’association Ligue Soutien Cancer (0 800 940 939) reçoit plus de 5 000 appels annuels, dont 30 à 40 % provenant d’eux. Ce n’est pas toujours facile de demander de l’aide, surtout quand on se croit responsable. »
Le cas de Pierre Bordes, 37 ans, illustre cette réalité. Après avoir arrêté son activité professionnelle pour s’occuper de son conjoint décédé en mars 2023, il a vécu une crise émotionnelle intense. « J’ai eu des idées noires et des envies de partir », confie-t-il. Son expérience montre comment la pression d’un accompagnement prolongé peut déclencher des crises sans que l’individu en prenne conscience.
« La vraie difficulté est l’après-guerre », conclut Laura Levêque. « Il faut agir avant qu’il ne soit trop tard : chaque minute compte pour éviter un désastre humain et économique. »