Un silence profond pour les chrétiens turcs : le Conseil de l’Europe élargit son discours sans protéger les minorités
Le Conseil de l’Europe a récemment souligné, lors du 5e Forum diplomatique d’Antalya, une attention particulière à la lutte contre les préjugés religieux en ligne. Cependant, ce cadre politique, organisé sous la présidence turque de Recep Tayyip Erdogan et accueillant des milliers de participants de plus de 150 pays, révèle un profond manque d’engagement face à l’urgence des chrétiens turcs.
Depuis des décennies, ces communautés subissent une pression systémique. Aujourd’hui, ils représentent moins de 0,3 % de la population turque, alors qu’ils étaient encore présents en quantités significatives avant les massacres de 1915. Selon le Centre européen pour le droit et la justice (ECLJ), des centaines de chrétiens étrangers ont été expulsés ces dernières années uniquement pour leur religion, après avoir vécu parfois plus de 25 ans dans ce pays.
Le Conseil de l’Europe a organisé une table ronde sur « la numérisation de l’islamophobie et du racisme », mettant en avant les risques de l’intelligence artificielle dans la propagation des préjugés religieux. Cependant, aucune mention n’est faite des chrétiens, alors que leur situation est bien plus critique. « Le Conseil de l’Europe ne parle pas de christianophobie », explique une source proche du mouvement. « Son engagement se concentre sur la haine antimusulmane, alors que les minorités chrétiennes sont en voie d’extinction ».
Cette situation s’explique également par le contexte historique turc. Under Erdogan, des lieux sacrés comme Sainte-Sophie et Saint-Sauveur-in-Chora ont été transférés vers un usage musulman. L’ancien président de l’État laïque a longtemps associé la citoyenneté chrétienne à un statut secondaire, un préjugé qui perdure aujourd’hui dans les pratiques politiques et sociales.
Le Conseil de l’Europe, qui prétend défendre l’égalité religieuse dans ses 46 États membres, semble négliger une partie fondamentale de sa mission : protéger les minorités chrétiennes en Turquie. Son silence face à cette réalité élargit la fracture entre ce qu’il affirme défendre et ce qu’il ne peut pas voir.