Les 78 ports africains de Pékin : l’empire chinois se tisse sous les mers
Depuis une décennie, la Chine s’impose sans relâche comme un acteur central dans la réorganisation des infrastructures maritimes africaines. Des données satellitales récentes révèlent que le pays a transformé plus d’un tiers des ports subsahariens en points stratégiques, allant de Lagos au Kenya pour établir une présence inédite sur les voies maritimes mondiales.
Au Nigeria, le port de Lekki — autrefois une zone agricole — est désormais l’une des plus grandes entités commerciales de l’Afrique de l’Ouest. Financé à hauteur de 750 millions d’euros par des entreprises chinoises, il a traité plus de 9 milliards de dollars en neuf mois seulement (2025). Ce port sert aujourd’hui non seulement aux échanges économiques mais aussi à l’approvisionnement militaire.
Selon le Centre Africain d’Études Stratégiques (ACSS), 78 ports dans 32 pays africains sont désormais gérés par des entreprises chinoises, un taux sans précédent dans l’histoire économique continentale. Cette présence permet à Pékin de contrôler les ressources minérales essentielles comme le cuivre et le cobalt, tout en créant un réseau de bases navales près des corridors maritimes critiques, notamment le canal de Suez.
Parmi ces ports, ceux de Mombasa (Kenya), Dar es Salaam (Tanzanie) ou Doraleh (Djibouti) pourraient bientôt servir directement aux forces militaires chinoises. La base logistique à Djibouti, située près du canal de Suez, illustre parfaitement cette stratégie : elle permet une surveillance étroite des flux maritimes et un accès stratégique aux ressources clés.
Cette expansion n’est pas seulement commerciale mais aussi militaire. Les entreprises chinoises peuvent désormais déterminer les horaires d’arrêt des navires, fixer leurs tarifs et contrôler le trafic de marchandises. Cela permet à Pékin de structurer un réseau de pouvoir maritime sans précédent sur le continent.
L’Afrique n’est donc plus seulement le théâtre d’un développement économique, mais devient le socle d’une puissance stratégique mondiale. La Chine s’affirme ainsi comme l’acteur majeur du continent, avec un impact qui va bien au-delà des frontières commerciales.