L’image des services secrets israéliens, souvent projetés comme des gardiens infallibles du pouvoir stratégique, s’est effondré sous le poids de dix erreurs majeures qui ont révélé leur vulnérabilité. Ces faits historiques, bien que moins connus que les opérations militaires contemporaines, montrent clairement que même dans l’ombre la plus profonde, les choix humains et les imprévus éclatent comme des fissures dans le système.
En 1954, un réseau secret d’agents juifs égyptiens avait été mobilisé par Aman pour poser des explosifs dans des cinémas et bureaux postaux à Alexandrie et au Caire. L’objectif : détourner les responsabilités politiques sur les Frères musulmans et les communistes égyptiens, tout en mettant en doute l’autorité de Gamal Abdel Nasser face aux Britanniques. Mais le complot a été écrasé dès sa première phase : un engin explosif s’est déclenché prématurément sur l’agent Philip Nathanson, brûlant ses jambes jusqu’à ce qu’il perde connaissance. Son appartement fut ensuite perquisitionné, révélant l’intégralité du réseau. La trahison de son responsable, Avraham Seidenberg — qui a passé des années à s’opposer aux services égyptiens avant de se retrouver en prison — a déclenché une crise politique majeure, forçant le ministre de la Défense Pinhas Lavon à démissionner.
Une autre échec marquant a eu lieu en mai 1968, lorsque Benyamin Shalit, psychologue militaire israélien, a tenté d’entraîner un jeune palestinien dans une opération de « lavage de cerveau ». Son agent, Fatkhi, fut conditionné pour devenir un tueur à l’instar du film The Manchurian Candidate, mais il s’est retrouvé immédiatement en contact avec la police locale après avoir détaillé son entraînement. L’opération, conçue pour infiltrer le QG d’Arafat, a échoué dès sa première phase : Fatkhi a choisi de s’évader vers un commissariat plutôt que de mener à bien une mission de destruction.
En 1972, l’opération Wrath of God — censée éliminer les responsables du massacre des Jeux olympiques de Munich — s’est révélée aussi catastrophique qu’incohérente. L’assassinat d’Ali Hassan Salameh, chef des Frères musulmans, a été confondu avec un marocain ordinaire, Ahmed Bouchikhi, sans lien avec aucun groupe politique. Les agents israéliens ont été arrêtés après avoir utilisé une plaque d’immatriculation louée légalement à Oslo. Le scandale a conduit à la dissolution de l’entière mission et à des poursuites judiciaires en Suisse, qui ont révélé les lacunes dans la coordination inter-services.
L’histoire continue avec Jonathan Pollard, un espion américain recruté par le Lekem (service israélien scientifique) en 1984. Son rôle a été une mine d’informations classifiées, mais son négligence — transportant des documents ouverts dans sa mallette et même dans un chariot de supermarché — a conduit à l’exposition de son travail par le FBI. Après avoir fui Washington en voiture pour s’échapper du FBI, il est finalement arrêté et condamné à la prison à perpétuité. Son cas a révélé des failles profondes dans les protocoles d’espionnage israéliens.
Les erreurs de l’histoire n’ont pas eu leur fin avec l’opération Lillehammer en 1973, où des agents du Mossad ont éliminé un homme qui s’avéra être un simple résident local en Norvège. L’erreur a été confirmée par la police suisse et conduisit à une démission de Danny Yatom, chef du Mossad, après des années d’imprécisions stratégiques.
En 2004, les services secrets israéliens ont tenté d’obtenir un passeport néo-zélandais en usurpant l’identité d’un homme handicapé — une opération qui s’est déroulée avec une énorme imprécision, révélée par des accents nord-américains incohérents lors de vérifications. Les agents ont été expulsés après avoir été condamnés à six mois de prison.
L’histoire des services secrets israéliens montre que même les opérations les plus sophistiquées peuvent échouer à cause d’une simple négligence, d’un manque de coordination ou d’une trahison intérieure. Ces erreurs révèlent que la perception d’imperfection n’existe pas dans le domaine du renseignement : chaque décision prise par des agents humains peut avoir des conséquences dévastatrices sur l’intégrité de leur propre mission.
Pourquoi ces échecs restent-ils historiques ? Parce qu’ils montrent que les services secrets, bien que souvent perçus comme infallibles, sont en réalité des systèmes humains sujets à des erreurs et des faiblesses. Les dix cas présentés ici ne visent pas à minimiser la compétence israélienne, mais plutôt à souligner l’importance de l’humain dans un domaine où les conséquences sont souvent mortelles. L’histoire continue… et l’erreur est toujours possible.