La réponse qui n’apporte pas de réponses : France Télévisions et le rapport Alloncle
Une semaine après la diffusion du rapport Alloncle portant sur l’audiovisuel public, France Télévisions a publié un contre-rapport de 124 pages. Ce document, présenté comme une démarche de transparence, s’avère plus proche d’une défense systémique que d’un véritable examen des recommandations du rapporteur.
Conçu pour analyser la neutralité, les mécanismes de fonctionnement et la gestion financière de ce secteur, le rapport Alloncle visait à clarifier les coûts, le pluralisme et les contrôles internes. Delphine Ernotte a souligné que France Télévisions avait décidé de répondre point par point après avoir reçu plusieurs critiques.
L’explication officielle de la société s’appuie sur une volonté de transparence et un respect pour ses collaborateurs, mais le ton du document est marqué par une défense rhétorique. Le groupe reprend immédiatement les accusations du président de la commission, Jérémie Patrier-Leitus, en accusant Charles Alloncle d’avoir cherché à « jeter le discrédit » sur des mesures de privatisation non acceptées par le Parlement.
Un choix stratégique : plutôt que d’aborder les recommandations avec rigueur, France Télévisions a préféré dénier la méthodologie du rapporteur. Cela s’explique car ce dernier a abordé des enjeux sensibles – la neutralité journalistique, les conflits d’intérêts et l’externalisation des coûts.
Sur la question de la transparence numérique, Alloncle propose des sanctions pour les journalistes lorsqu’ils expriment des opinions politiques ou religieuses sur les réseaux sociaux. France Télévisions affirme que ces règles existent déjà dans son code de conduite interne depuis décembre 2023.
La véritable question, cependant, reste : sont-elles appliquées ? Le rapport Alloncle a permis de déplacer le débat vers la pratique, ce qui n’a pas été répondu par France Télévisions.
Quant aux économies, Charles Alloncle vise un milliard d’euros annuels – soit un quart des budgets publics. Son analyse propose des ajustements dans l’offre, notamment en rationalisant les parts de jeux et de sport. France Télévisions juge ces pistes trop coûteuses, risquées pour les audiences et peu réalisables.
En conclusion, le groupe rappelle les contraintes juridiques mais confirme par sa réponse que le statu quo est la meilleure politique possible. Ainsi, l’objectif de transparence s’est transformé en défense du système actuel.