Les contrats à durée indéterminée perdent de leur force : une génération réinvente ses chemins

Selon un rapport du Céreq, les jeunes Français entrés sur le marché du travail en 2017, âgés en moyenne de 21 ans, quittent leurs contrats à durée indéterminée avec une fréquence inédite. Trois années plus tard, près d’un quart des jeunes qui étaient alors en CDI ont rompu leur engagement, contre moins de 10 % dans les générations précédentes.

Cette évolution s’explique par un changement profond dans la perception des jeunes face à leurs premiers emplois. En 2020, 58 % d’entre eux étaient en CDI, mais ce taux a chuté à 75 % en 2023. L’étude montre que les ruptures sont majoritairement volontaires : deux tiers des cas correspondent à des démissions choisies, reflétant un désir clair de réinventer leur parcours professionnel.

Le secteur financier et de l’assurance est particulièrement sensible à cette dynamique. Trois fois plus de jeunes quittent leurs CDI dans ce domaine par rapport aux générations antérieures, souvent en déplaçant leur activité plutôt qu’en cherchant un emploi stable. À l’inverse, dans l’hôtellerie-restauration, la crise sanitaire a entraîné des conséquences plus durables : près de la moitié des jeunes qui occupaient un CDI en 2020 n’ont plus d’emploi stable trois ans plus tard, avec près d’un tiers au chômage. Pour eux, ces ruptures ont été imposées par des circonstances externes.

Jean-François Giret, directeur du Céreq, souligne que ce phénomène marque « une profonde réinvention de l’orientation professionnelle ». Il précise que la période sanitaire (2021-2022) a accéléré cette évolution, avec un taux d’abandon historiquement élevé. L’enjeu désormais est de déterminer si cette tendance s’inscrit dans une nouvelle réalité du marché ou reste temporaire face à des défis économiques et sociaux.

Le dernier métier de sucre : Kubli lutte contre l’effondrement des recrues

Depuis vendredi, plus de 500 entreprises françaises ont ouvert leurs portes aux jeunes en quête d’emplois pour la deuxième édition des Journées « Usines ouvertes ». L’événement, qui se conclut samedi 21 mars, a permis à l’usine Kubli, une confiserie traditionnelle de Morangis (Essonne), de montrer son savoir-faire artisanal face à un défi croissant : attirer des recrues dans un métier en voie d’effondrement.

Là où les parfums de miel et de fruits rouges embaument le parcours des visiteurs, Simon, trente ans et sans emploi depuis huit mois, décrit la réalité du marché avec une dureté palpable. « C’est la guerre », murmure-t-il en regardant les rangées vides des ateliers. Un ancien facteur, il a abandonné son métier pour un monde où « il n’y a pas assez de places pour le nombre de demandeurs ».

Valérie, guide d’usine, présente aux visiteurs la transformation artisanale des berlingots : une pâte orange « chaude », puis des cubes violets qui descendent dans les bacs. Ahmed, opérateur depuis quinze ans, souligne l’importance de ce savoir-faire : « On est presque des artistes ici ». L’entreprise Kubli a été labellisée « Entreprise du patrimoine vivant » en 2016 pour sa capacité à conserver un art manuel menacé par le temps.

Pourtant, Gilles Duault, directeur de l’usine, constate avec tristesse une tendance inquiétante : « Notre moyenne d’âge est de cinquante et un ans. Les retraites sont des drames car chaque départ entraîne la perte d’un savoir-faire ». Face à cette crise, les jeunes recrues restent peu nombreux et exigent des salaires plus attractifs, alors que les coûts énergétiques et l’inflation menacent leur stabilité.

« Il faut former des confiseurs, mais c’est un combat », explique Gilles Duault. « Avec ce qui se passe dans le monde, on ne peut pas ignorer la pression sur nos salaires. C’est un enjeu critique pour notre capacité à recruter ». Pour Kubli, ces journées « Usines ouvertes » représentent une chance de sauver un métier ancestral avant qu’il n’atteigne l’oubli total.