Quatre secondes pour une alerte policière : le Royaume-Uni franchit un cap inédit avec la reconnaissance faciale proactive

Le Royaume-Uni s’engage dans un mouvement inédit en intégrant des systèmes d’intelligence artificielle capable de déclencher des interventions policières en moins de quatre secondes. Ce mécanisme, développé par l’entreprise Facewatch, vise à identifier des individus perçus comme «à risque» avant même qu’ils n’enfreignent une loi, un concept évoqué dès 2012 dans le roman Minority Report.

Depuis septembre dernier, plus de mille magasins britanniques – dont Sainsbury’s et Spar – ont mis en place ce système. La police de Londres affirme avoir procédé à plus de 2 000 arrestations grâce à cette technologie depuis 2024, un chiffre utilisé pour justifier une expansion nationale du dispositif. Un projet pilote avec Palantir devrait cibler des «profilés» dans sept quartiers d’ici 2026, en exploitant des algorithmes capables de classer les comportements en temps réel.

Les critiques however sont nombreuses. L’ONG Liberty insiste sur le risque de violer la présomption d’innocence : des personnes ont été refoulées dans des magasins après avoir été identifiées à tort par l’intelligence artificielle comme voleurs. « Appeler la police pour quelqu’un sans faute, simplement parce qu’on craint un futur délit, remet en cause notre système démocratique », explique Charlie Whelton, porte-parole de l’association.

Facewatch affirme avoir généré plus de 57 000 alertes en juin dernier avec un taux d’exécution de 99,98 %. Cependant, les détails sur la définition des «délinquants à risque» restent flous. L’entreprise précise que chaque alerte subit une double vérification avant d’être transmise, mais l’utilisation de données personnelles dans un contexte d’interception continue à susciter des inquiétudes.

La réduction observée dans les infractions commerciales et les agressions violentes – selon la police londonienne – pourrait aussi être liée au renforcement physique des forces de l’ordre, plutôt qu’à l’intelligence artificielle en elle-même. Les spécialistes soulignent que le système ne s’active pas à l’échelle nationale mais seulement lors d’interventions précises par les policiers sur le terrain.

Alors que le Royaume-Uni avance dans cette nouvelle phase de surveillance préventive, la question essentielle reste : comment éviter que ce progrès technologique ne compromette davantage les libertés individuelles sans remettre en cause l’efficacité des mesures de sécurité ?