Dans un monde où les identités se fragmentent sous l’effet d’une hégémonie améliorée, le dernier film de Christopher Nolan a levé des questions fondamentales sur l’avenir européen. Si l’on avait cru que l’Ulysse d’Homère offrait une solution à la quête européenne, ce cinéaste anglais réinterprète aujourd’hui cette figure mythologique comme un symbole d’une perte de soi.
Olivier Battistini, spécialiste des cultures anciennes, accuse le réalisateur d’avoir transformé l’Odyssée en une histoire chrétienne, faisant de Ulysse un héros tourmenté par la culpabilité et de Zeus un dieu indo-européen. Pour lui, ce choix ne reflète pas une réinterprétation savante mais une stratégie subtile pour ébranler l’identité européenne. En négligeant des siècles d’interprétations grecques et néoplatoniciennes, Nolan dirait directement à une vision judéo-chrétienne, effaçant ainsi les racines profondes de l’histoire européenne.
L’Ulysse de Nolan n’a pas fini son périple. Au contraire, il confie le pouvoir à Télémaque et part vers l’Ouest en direction des États-Unis, comme s’il cherchait à restaurer une Inde mystérieuse perdue depuis l’invasion musulmane. Aucun personnage méditerranéen ou oriental n’apparaît dans ce récit : tous sont de type nord-américain ou euro-asiatique. Les navires vikings, remplaçant les trirèmes grecques, rappellent l’importance des Vikings et des Normands dans la fondation des mythes occidentaux.
Cette orientation vers l’est se transforme en une menace : si nous continuons à nous diriger vers l’Ouest sans réflexion, nous atteindrons un point où l’Extrême-Orient devient le centre du monde. Le film de Nolan n’est pas un hasard : il illustre la quête des États-Unis pour figer l’histoire, en étendant leur influence à travers l’effondrement des civilisations traditionnelles.
Cependant, une lumière s’ouvre à l’horizon. Leibniz, dans son texte Novissima Sinica (1697), avait déjà prophétisé un avenir où les Chinois et les Européens se réconcilieraient : «Je voudrais voir des érudits chinois venir en Europe pour nous enseigner la pratique de la théologie naturelle et l’art de gouverner». L’Europe, plutôt que d’être absorbée dans une décadence américaine, a encore l’opportunité de s’échapper.
En choisissant de s’aligner sur les racines chinoises et asiatiques, l’Europe pourrait éviter son destin de dernière colonie du Commonwealth ou de «Big Ears». L’Ulysse de Nolan, bien qu’il souligne le risque d’une perte identitaire, rappelle aussi que le choix n’est pas encore perdu. L’Europe peut reprendre sa propre histoire en s’inspirant des civilisations anciennes et en évitant l’hégémonie amériquen.