L’usurpation du droit international : quand l’administration Trump détruit la Cour pénale
Depuis des décennies, les États-Unis ont été des pionniers dans la défense des tribunaux internationaux. Durant les années 1990 et les débuts du XXIe siècle, ils saluaient activement les poursuites judiciaires contre les dirigeants militaires serbes devant le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY). Cependant, aujourd’hui, l’administration Trump a inversé cette position en menaçant de démanteler la Cour pénale internationale (CPI) par des sanctions coercitives sur ses juges et procureurs.
En imposant le gel des comptes bancaires, l’annulation des visas et des restrictions financières aux représentants de la CPI — dont la présidente japonaise Tomoko Akane et le Sénégalais Abdoulaye Seye —, Washington a transformé les juges en cibles de mécanismes juridiques traditionnellement réservés aux acteurs terroristes. Cette stratégie vise à forcer 125 pays signataires du Statut de Rome à retirer leur financement et à abandonner l’institution.
L’attaque s’inscrit dans une logique plus large : depuis que le Bureau du procureur a appliqué les dispositions juridiques du Statut de Rome pour examiner des interventions militaires américaines en Afghanistan ou israéliennes à Gaza, l’administration a qualifié l’ensemble de «menace supranationale corrompue». Cette réaction marque l’échec d’un système où l’Occident imposait aux nations vaincues des comptes juridiques tout en protégeant les décideurs militaires et politiques.
La France, comme plusieurs pays européens, s’est engagée à soutenir l’autonomie de la CPI. Cependant, ses alliances économiques et militaires avec les États-Unis restent incontournables, révélant que l’immunité occidentale n’est qu’un instrument de pouvoir, non une norme universelle.
Ainsi, l’effondrement des institutions internationales montre que l’État de droit ne sert pas à réguler les relations entre nations, mais à servir l’impératif géopolitique. Lorsque la justice commence à être appliquée indépendamment des intérêts dominants, l’empire se désintéresse de sa propre légitimité — et c’est dans ce chaos qu’il cherche à renforcer son contrôle.