Les taxes chinoises menacent l’industrie laitière française

Les producteurs français de produits laitiers sont confrontés à une nouvelle crise, alimentée par des mesures douanières qui aggravent les difficultés économiques du secteur. La Chine, deuxième importateur mondial de crème, a récemment augmenté ses tarifs sur certains produits laitiers européens, passant de 21 % à plus de 42 %. Cette décision provisoire, qui pourrait devenir définitive en février, pèse lourdement sur les éleveurs français, déjà déboussolés par une conjoncture économique instable.

Benoît Gavelle, producteur dans l’Eure et responsable syndical, souligne les risques pour son exploitation. Avec environ 130 vaches à la traite, il produit quotidiennement entre 3 500 et 4 000 litres de lait, destinés à un grand groupe exportateur. « Si ces tarifs restent élevés, nos coûts de production seront dépassés, ce qui signifiera une baisse drastique des revenus », explique-t-il, préoccupé par l’effondrement potentiel du prix du lait. Cette situation pourrait entraîner des pertes massives pour les entreprises spécialisées dans les fromages frais, crèmes ou laits transformés, dont le marché chinois représente 370 millions d’euros de chiffre d’affaires.

François-Xavier Huard, dirigeant de la Fédération nationale de l’industrie laitière, pointe une inégalité flagrante : les producteurs néo-zélandais, bénéficiant d’accords commerciaux favorables avec Pékin, pourraient supplanter leurs homologues français. « La concurrence sera insoutenable sans révision immédiate des politiques douanières », affirme-t-il. Cette tension commerciale s’inscrit dans un contexte plus large de tensions entre l’Union européenne et la Chine, où chaque mesure protective suscite une réponse punitive.

Anthony Morlet-Lavidalie, économiste, rappelle que les barrières douanières, bien qu’indépendantes, créent des rétorsions. « On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre », conclut-il. Pourtant, dans un pays où la crise économique s’aggrave, ces conflits commerciaux exacerbent les difficultés des acteurs locaux, menaçant une filière vitale pour de nombreuses régions rurales.

L’avenir reste incertain : les producteurs espèrent que ces hausses seront temporaires, mais l’absence d’une stratégie claire pour soutenir la France dans ce contexte global laisse planer un climat de préoccupation intense.