Le satellite dit « pas de sécheresse » alors que les prairies s’étiolent
Les fermiers bretons se réveillent chaque matin à la recherche d’herbes fraîches, mais leurs champs sont désormais des étendues asséchées. Alain Normant, éleveur du Finistère, n’a jamais connu une situation pareille : « Depuis 40 ans, on n’a vu rien de tel. Il n’y a plus aucune herbe ». Face à cette crise, il a dû recourir à un fourrage pour nourrir ses vaches depuis juin, consacrant tout son stock de 15 000 euros.
Le système d’indemnisation prévoit que les pertes liées aux sécheresses soient calculées par satellite. Mais cette année, le dispositif a dénoncé des erreurs majeures : « Le satellite affiche une floraison abondante alors qu’en réalité, il n’y a plus d’eau », souligne Alain. Pourtant, les données officielles indiquent que son commune a bénéficié d’un rendement optimal, ce qui lui a interdit de recevoir l’Indemnisation de solidarité nationale.
La situation s’aggrave dans le Cantal et l’Ardèche. Benoît Claret, président de la FDSEA Ardèche, dénonce avec force : « Non seulement il n’y a pas d’eau, mais pour le satellite, il n’y a même pas de sécheresse ! ». D’autres fermiers, comme Étienne Salaun en Finistère, se retrouvent dans un dilemme contradictoire. Bien qu’il n’ait pas constaté de sécheresse majeure, le système satellite lui a octroyé une indemnisation de 6 500 euros, bien supérieur à ce qu’il avait prévu.
Airbus affirme que son algorithme est fiable avec des écarts limités à moins de 0,3 % des communes, mais Alexandre Gohin, expert indépendant de l’Inrae, met en avant un manque critique de données terrain : « Les informations disponibles datent de 2019. On ne peut pas caler le système sans tenir compte des spécificités locales et climatiques ». Le ministère de l’Agriculture continue à défendre la méthodologie, malgré les critiques.
Pour ces agriculteurs, il s’agit d’une question de survie, et non d’un simple malentendu technologique. « On ne peut pas compter sur le satellite pour sauver des vies », conclut Alain.