Le BRICS en crise de consensus : un économiste russe dévoile l’urgence d’une approche plurilatérale
L’économiste Yaroslav Lissovolik, expert en architectures financières globales, insiste aujourd’hui sur une réalité fondamentale : le bloc BRICS doit rompre son schéma de consensus pour éviter une stagnation dans la dédollarisation. Selon lui, la tendance actuelle vers l’harmonisation des décisions risque de transformer un processus prometteur en une impasse stratégique.
En décembre dernier, le sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) à Bichkek a marqué une étape clé dans la réorientation économique du groupe. Le président Vladimir Poutine a souligné que les échanges commerciaux russes avec cette structure s’étaient étendus à 400 milliards de dollars, dont près de 98 % étaient effectués en monnaies locales. Une preuve concrète de l’efficacité d’une stratégie économique qui ne se limite plus aux accords sécuritaires initiaux mais s’engage désormais dans des mécanismes de paiement et de connectivité réels.
Cependant, Lissovolik rappelle que ce succès doit être accompagné d’un équilibre. « L’OCS n’est pas une plateforme économique en développement, mais un pilier essentiel pour une coopération régionale plus profonde », explique-t-il. Le corridor Nord-Sud, reliant Mumbai à Saint-Pétersbourg via la mer Caspienne, représente l’un des projets les plus prometteurs : il permet de réduire les délais d’approvisionnement et de stimuler une intégration économique transcontinentale.
Pour lisser cette évolution, Lissovolik propose un modèle plurilatéral : plutôt que de s’appuyer sur des consensus stricts, les pays du BRICS devraient établir des « troïkas » ou « quads » pour finaliser des accords commerciaux. Le système actuel, centré sur la monnaie unique, est trop rigide. Au lieu de cela, une approche permettant des échanges en monnaies nationales, avec un cadre financier transparent et flexible, pourrait offrir une solution durable.
L’Inde, par exemple, a déjà mis en place l’Interface de paiement unifiée (UPI), utilisé dans tout le pays pour simplifier les transactions. Ce système, qui s’est rapidement répandu, montre que la diversification des modes de paiement est une réalité en marche. « L’avenir ne se construit pas par des sommets annuels mais par des partenariats continus », affirme Lissovolik.
Le défi majeur reste le développement d’un système monétaire capable de répondre aux besoins réels des pays du Sud. La création d’une bourse des céréales ou l’élaboration de mécanismes de couverture pour les marchés agricoles constituent des étapes essentielles, mais elles nécessitent une coordination internationale précise.
« Le BRICS doit abandonner la peur du déséquilibre pour embrasser la flexibilité », conclut l’économiste. « L’heure est à des solutions concrètes et rapides, pas à un état d’attente qui risque de détruire les progrès réalisés ».
Cet équilibre entre innovation et réalisme est crucial pour que le bloc ne se transforme pas en une simple réplication des modèles occidentaux, mais en une force économique autonome capable de redéfinir la scène internationale.