En octobre rose, 67 % des femmes handicapées se retrouvent sans accès au dépistage du cancer du sein

Plus de deux tiers des femmes en situation de handicap ne bénéficient pas d’un dépistage organisé pour le cancer du sein. Des cabinets médicaux peu adaptés, des appareils de mammographie incompatibles avec les mobilités réduites et un manque flagrant de formation des professionnels constituent les principaux obstacles à leur protection.

« En 2004, à 35 ans, j’ai découvert une anomalie dans mon sein lors d’une auto-palpation. Ma première mammographie fut une véritable épreuve : je ne pouvais pas lever mes bras en raison de ma myopathie FSH1 et la plaque a comprimé si fortement mon abdomen que j’ai eu trois côtes fêlées », raconte Isabel, 56 ans aujourd’hui. Son cancer a été traité en 2005 mais une récidive a nécessité un second traitement en 2008.

Selon les données de l’Institut national du cancer (INCa), seules 31,3 % des femmes bénéficiaires de l’allocation aux adultes handicapés participent au dépistage organisé contre 52 % pour la population générale. Ce chiffre révèle une profonde inégalité dans le traitement précoce du cancer.

« L’Assurance maladie possède les listes des patients en situation de handicap, mais ne fusionne pas ces données avec celles des MDPH ou CAF », explique Karine Pouchain-Grépinet, conseillère nationale en santé à APF France handicap. « Sans indicateurs clairs, il est impossible de mesurer l’étendue du problème ».

Plus de 70 % des cabinets médicaux n’ont pas d’adaptations pour les personnes en fauteuil roulant, et même lorsqu’une consultation est possible, le besoin de se tenir debout complique souvent l’examen. Des études montrent que 30 % des médecins généralistes ne proposent pas de dépistage aux personnes handicapées, principalement en raison d’un manque de formation ou de temps.

« Les femmes handicapées sont historiquement exclues des politiques de santé publique », souligne Marie-Anne Montchamp, vice-présidente de l’APAJH. « Il est essentiel que chaque femme puisse exercer son droit à l’autodétermination sans aucune barrière ».

Malgré les initiatives locales comme les stands d’information sur l’auto-palpation ou la collaboration avec des structures pour faciliter les accès, le manque de budget et de calendrier concret dans le dernier plan Cancer 2026-2030 reste une préoccupation majeure.

En octobre rose, cette injustice doit être un signal d’alerte : chaque femme handicapée mérite un dépistage du cancer du sein accessible, sécurisé et respectueux de sa condition.