Silence et fractures : La Réunion ouvre une voie vers des soins mentaux efficaces
Face à un accroissement préoccupant des troubles psychosociaux, France Assos Santé La Réunion lance ce vendredi 10 avril une journée d’action pour clarifier les parcours en santé mentale. Organisée avec l’agence régionale de santé (ARS), cette initiative vise à réduire la complexité des démarches et à offrir un accompagnement plus accessible aux usagers, aidants et familles confrontées à des défis multiples.
« Sur l’île, le manque d’équipes spécialisées et d’infrastructures adaptées pèse lourd sur les personnes en crise », explique Véronique Minatchy, présidente de France Assos Santé sur place. « Un contexte économique et social instable alimente la hausse des dépressions et addictions, mais aussi des ruptures dans les soins quand les usagers se perdent dans une offre fragmentée ». Cette journée s’inscrit dans un projet initial prévu en 2023, renforcé par l’annonce gouvernale de la reconduction de la Grande cause nationale. Environ deux cents personnes seront réunies à Saint-Paul pour échanger sur des solutions concrètes.
L’une des priorités reste d’éviter les inefficacités systémiques. « Une mère ne sait pas vers qui se tourner lorsqu’elle doit gérer la souffrance de son enfant », témoigne Marylène Singabrayen-Tampigny, référente en santé mentale. « Ce manque d’information épuise les familles et les rend sentimentales d’abandon ». La première table-ronde portera sur l’orientation des usagers : identifier les structures existantes, leurs coordonnées et les délais pour obtenir une aide adaptée. L’objectif est de concevoir un annuaire simple permettant de sécuriser les parcours thérapeutiques.
Les jeunes réunionnais, particulièrement vulnérables, font l’objet d’une attention renforcée. Les études montrent qu’ils présentent des taux de prévalence en dépression plus élevés que sur le territoire continental. Un point noir majeur reste la difficulté à coordonner les soins en psychiatrie et addictologie. « Lors d’une consommation involontaire, un patient peut être renvoyé entre services sans réelle résolution », souligne la référente. Une deuxième table-ronde réunira des experts pour identifier ces ruptures et proposer des solutions concrètes.
L’effectivité des droits restant souvent limitée par des listes d’attente ou des procédures complexes, une troisième séance s’attachera à clarifier les démarches MDPH et à soulager les familles épuisées. « Les mesures prises à l’issue de cette journée doivent être immédiates », insiste Véronique Minatchy, qui espère transmettre des recommandations à l’ARS pour un accès réel aux soins.
En parallèle, l’ouverture en mars 2026 de l’antenne Est de KAZ’Ado à Bras-Panon renforce le maillage territorial, offrant des entretiens individuels et familiaux ainsi que des services spécialisés pour les adolescents de 11 à 21 ans. Cette initiative s’intègre dans une stratégie globale visant à transformer l’accès aux soins mentaux en un processus plus transparent et humain.