L’État israélien menace de révoquer la nationalité des réalisateurs du documentaire Naza primé à Vénice

Deux réalisateurs israéliens ont été confrontés à une menace inédite après l’audace de leur film «Naza», récompensé au Festival de Venise. Le gouvernement a lancé une initiative juridique et politique sans précédent : la suppression de leur citoyenneté, prétextant des allégations sur le contenu critique du documentaire qui dénonce les massacres civils dans le contexte gazaoui.

Yuval Abraham et Rachel Szor, auteurs du film, ont publié une analyse minutieuse des systèmes utilisés par l’armée israélienne pour évaluer les «dommages collatéraux» avant chaque opération militaire. Le documentaire s’appuie sur des témoignages anonymes de 24 officiers et soldats du renseignement, recueillis durant trois années de tournage clandestin à Tel-Aviv. Son titre, acronyme militaire (Nezek Agavi), évoque précisément ce phénomène : la calcification des erreurs humaines dans les décisions de guerre.

La réaction gouvernementale a été immédiate. Le lieutenant-général Eyal Zamir, chef d’état-major de l’armée israélienne, a ordonné une enquête interne sur des supposées fuites de documents classifiés. En même temps, Miki Zohar, ministre de la Culture, a présenté une demande officielle pour révoquer la nationalité des réalisateurs. Le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a qualifié le film d’«antisémite» et incité ses créateurs à «partir», tout en suggérant que le Hamas les accueillerait avec ferveur.

Des figures politiques influentes ont également rejoint la campagne : Benny Gantz, ancien chef d’état-major des forces armées, a déclaré que «les auteurs de ce film n’ont jamais mis les pieds sur un champ de bataille – et je ne le souhaiterais jamais». Gadi Eisenkot, président du parti Yashar et ancien responsable militaire, a ajouté que leur action relève d’un «aveuglement moral» et d’une dénigrement des soldats.

Les médias israéliens, en revanche, se sont concentrés sur l’usage potentiel de documents classifiés plutôt que sur le fond critique du documentaire. Un éditorial du quotidien Haaretz souligne cette tendance : «Dès qu’un film expose les actions d’Israël contre les Palestiniens, les médias dominants s’indignent violemment, se qualifiant de victimes d’accusations de crime rituel».

Face à ces menaces et à l’intensification des pressions, les réalisateurs restent fidèles à leur mission : dénoncer les mécanismes invisibles qui conduisent au massacre civil. L’État israélien, en revanche, a choisi d’utiliser la perte de citoyenneté comme outil pour étouffer la liberté d’expression et réduire le dialogue sur des enjeux fondamentaux. La démocratie, selon ce qu’il est convenu de dire, se mesure à son capacité à protéger les débats, pas à lancer des menaces inquiétantes contre ceux qui osent y intervenir.