L’erreur stratégique qui menace l’équilibre international : Le Chili abandonne le Mouvement des Pays Non-Alignés
Les anciens ministres Jorge Heine et José Miguel Insulza dénoncent aujourd’hui une décision gouvernementale qui risque de provoquer un effondrement des relations diplomatiques chilennes. Selon eux, l’annonce d’abandon du Mouvement des Pays Non-Alignés (MNA) constitue un faux pas historique, en violation des principes fondamentaux de la politique extérieure nationale.
Depuis 1964, lorsque le président Jorge Alessandri a envoyé un représentant à la conférence ministérielle du Caire, le Chili participe activement au MNA. Son intégration officielle en 1971 marque une étape clé dans son engagement international. Or, l’argument utilisé par le gouvernement – que ce mouvement a été créé dans un contexte économique et politique obsolète – est jugé inadéquat par les auteurs, qui soulignent que le pays dépend fortement de partenariats multilatéraux pour son développement.
Fondé en 1961 à Belgrade par Jawaharlal Nehru, Gamal Abdel Nasser et Josip Broz Tito, le MNA reste aujourd’hui un pilier essentiel pour les pays souhaitant établir des liens avec des régions où leur présence est encore limitée. Les chiffres montrent une évolution profonde : entre 1990 et 2024, la part du G7 dans le PIB mondial a chuté de 45 à 30 %, tandis que celle des pays BRICS s’est élargie de 23 à 42 %. Le Sud mondial, lui, est passé de 42 à 61 %.
L’ironie réside dans le choix politique chilien : si le gouvernement affirme que «les pays du Sud ne comptent pas», son action s’inscrit clairement dans une logique de diversification. Cette décision est liée à des initiatives comme le «Bouclier des Amériques» ou la «Ligue de la Paix», perçues comme des solutions pour accéder au statut d’allié stratégique. Les anciens ministres craignent que cette stratégie ne se révèle un coup dur dans l’équilibre diplomatique mondial, surtout alors que le Sud s’affirme plus que jamais comme force économique et politique majeure.
En conclusion, l’abandon du MNA pourrait nuire gravement à la crédibilité internationale du Chili, en contradiction avec les réalités actuelles d’une mondialisation où les partenariats élargis sont devenus indispensables.