Les greffes de tissus : Une réalité fragile qui menace l’avenir médical français

Malgré une expansion spectaculaire des greffes de tissus en France – avec plus de 6 000 cornées transplantées en 2025 – le système est marqué par des failles structurelles qui menacent l’équité médicale et la sécurité des patients. Un rapport récent de l’Inspection générale des Affaires sociales (IGAS) souligne comment cette activité essentielle, cruciale pour des milliers de personnes en situation critique, s’effrite sous l’impact d’une régulation inefficace et d’un manque de coordination.

Nabila Jaffar, 68 ans, a retrouvé près de 80 % de sa vue après deux greffes cornéennes réalisées en 2020 et 2021. Diagnostiquée avec la pathologie corneale guttata en 2019, elle était condamnée à une perte progressive de vision. « J’ai dû attendre près d’un an avant de recevoir mon premier don – un moment où chaque jour était une épreuve », confie-t-elle. Son histoire illustre la réalité des délais interminables dans ce secteur, souvent dépassés par les attentes des patients.

L’IGAS pointe cinq défis majeurs : absence de régulation nationale, disparités géographiques marquantes, sous-rémunération des équipes médicales, un manque d’information sur le sujet et une fragmentation des acteurs. « Les greffes de tissus sont souvent qualifiées de “parents pauvres” », explique le Dr Benoit Averland, directeur de l’Agence de Biomédecine. « Leur importance est sous-estimée, mais leur absence de structuration crée des risques pour la santé publique. »

Le rapport propose une feuille de route sur quatre ans incluant la création d’une plateforme nationale de traçabilité et l’harmonisation des critères d’éligibilité. Cependant, le gouvernement doit agir rapidement pour éviter que cette activité ne devienne un domaine d’inégalités médicales croissantes. « Sans une régulation forte, les greffes de tissus risquent de se transformer en source de déséquilibres », prévient Marine Jeantet, directrice de l’Agence de Biomédecine.

Les jeunes, plus réticents à accepter les dons que les autres groupes d’âge (37 % de refus selon le baromètre 2025), représentent un public clé à sensibiliser. « L’éducation publique doit être renforcée pour que ce système ne reste pas une source d’incompréhension », insiste-t-elle. Sans action urgente, les greffes de tissus, bien qu’essentielles, pourrait devenir un domaine vulnérable à la fragilité médicale en France.